Un mot, un genre, parfois deux possibilités, le français ne se contente jamais de la simplicité. Derrière chaque terminaison se cache une règle, une exception, ou un détour inattendu. Naviguer entre masculin et féminin, c’est comme traverser une ville où chaque rue a ses propres panneaux de signalisation. On avance, on hésite, on s’arrête, et, souvent, on découvre qu’il faut apprendre à flairer les indices plutôt qu’à appliquer des recettes.
Dans un article précédent sur les noms qui n’ont qu’un seul sexe, je vous ai parlé des différentes terminaisons qui peuvent vous aider à savoir si un nom est féminin ou masculin en français.
Cependant, certains noms peuvent changer de sexe. Ce sont généralement des noms qui font référence à des humains ou à des animaux.
À chaque fois qu’un mot peut se décliner au masculin comme au féminin, la marche à suivre la plus courante consiste à ajouter un -e pour passer d’un genre à l’autre.
Mais la réalité ne suit pas toujours ce tracé rectiligne : parfois, le mot se transforme plus largement, tant sur le plan orthographique que phonétique.
Passer du masculin au féminin pour les noms à double genre en français
1. La prononciation ne change pas
Dans la plupart des cas, quand le masculin se termine par -i, -é, -u ou -l, l’ajout d’un -e pour former le féminin ne modifie ni l’orthographe de base, ni la façon dont le mot se prononce. Quelques exemples :
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un ami → une amie |
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un employé → une employée |
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un espagnol → une espagnole |
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un inconnu → une inconnue |
2. Les changements d’orthographe et de son
Certains mots masculins, selon leur terminaison, subissent quelques modifications au moment de passer au féminin. Voici les cas de figure les plus fréquents :
- Pour les noms terminés par une consonne (à l’exception du « l »), l’ajout d’un -e rend audible la consonne finale qui, au masculin, restait muette.
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un marchand → une marchande |
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un cousin → une cousine |
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un champion → une championne |
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un italien → une italienne |
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un écrivain → une écrivaine |
- Pour les noms en -er, on écrit -ère au féminin ; pour -eur, on obtient souvent -euse ou -trice.
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un infirmier → une infirmière |
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un coiffeur → une coiffeuse |
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un nageur → une nageuse |
- Certains mots en -teur prennent -trice au féminin.
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un organisateur → une organisatrice |
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un agriculteur → une agricultrice |
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un professeur → une professeure (rare, mais de plus en plus courant) |
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un auteur → une autrice (ou auteure) |
- Pour les noms en -eux ou -oux, le féminin devient -euse.
- Les noms en -if se transforment en -ive.
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un menteur → une menteuse |
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un époux → une épouse |
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un veuf → une veuve |
À travers ces exemples, on voit que le passage au féminin peut, selon les cas, se limiter à la simple greffe d’un -e ou nécessiter un changement plus profond de la structure du mot.
3. Masculin et féminin totalement différents
Certains noms, enfin, jouent la carte de la rupture totale : leur forme masculine et féminine n’a parfois aucun rapport graphique ni sonore. Quelques duos emblématiques :
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un fou → une folle un jumeau → une jumelle un loup → une louve un prince → une princesse |
un oncle → une tante un frère → une sœur un coq → une poule un taureau → une vache |
4. Les noms en -e qui conservent la même forme
Certains mots, déjà terminés par un -e au masculin, ne changent pas d’apparence au féminin. Ce sont souvent des noms désignant une profession ou une fonction :
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un locataire → une locataire un étudiant → une étudiante |
un chimiste → une chimiste un guide → une guide |
Mais attention, il existe quelques exceptions : certains noms en -e prennent une forme féminine en -esse.
Parmi eux, on trouve par exemple : âne → ânesse, abbé → abbesse, bougre → bougresse, prince → princesse, comte → comtesse, diable → diablesse, hôte → hôtesse, maître → maîtresse, tigre → tigresse, ogre → ogresse, prêtre → prêtresse, poète → poétesse, traître → traîtresse.


