Le tachahoud (التشهد) est la formule récitée en position assise durant la prière musulmane. Son nom dérive du terme shahâda, le témoignage, parce qu’il contient la double attestation de foi : l’unicité d’Allah et la prophétie de Muhammad. Comprendre sa structure en arabe, sa phonétique et sa traduction française permet de le réciter avec conscience plutôt que de le mémoriser mécaniquement.
Deux occurrences, deux statuts juridiques distincts dans la prière
Le tachahoud intervient à deux moments dans la prière. Le premier, dit tachahoud intermédiaire, se récite après la deuxième rak’a dans les prières de trois ou quatre rak’ât (maghrib, ‘ichâ’, dhuhr, ‘asr). Le second, dit tachahoud final, clôt la prière juste avant les salutations (salam).
Leur statut juridique diverge selon les écoles. Le tachahoud final est considéré comme un pilier (rukn) par les écoles hanbalite et chaféite ; le premier est qualifié d’obligatoire (wâjib) par les hanbalites, tandis que d’autres écoles le classent parmi les actes recommandés. Cette divergence mérite d’être signalée, car elle explique pourquoi certaines sources donnent des instructions différentes sur les conséquences d’un oubli.
Tachahoud complet en arabe, phonétique et traduction française
La version la plus répandue est celle rapportée par Ibn Mas’ûd (رضي الله عنه) dans Sahîh al-Bukhârî et Sahîh Muslim. Une seconde version, rapportée par Ibn ‘Abbâs, présente des variantes mineures de formulation. Le tableau ci-dessous présente la version d’Ibn Mas’ûd, segment par segment.
| Arabe | Phonétique | Français |
|---|---|---|
| التَّحِيَّاتُ لِلَّهِ وَالصَّلَوَاتُ وَالطَّيِّبَاتُ | At-tahiyyâtu lillâhi wa-s-salawâtu wa-t-tayyibât | Les salutations, les prières et les bonnes paroles appartiennent à Allah |
| السَّلَامُ عَلَيْكَ أَيُّهَا النَّبِيُّ وَرَحْمَةُ اللَّهِ وَبَرَكَاتُهُ | As-salâmu ‘alayka ayyuha-n-nabiyyu wa rahmatullâhi wa barakâtuh | Que la paix soit sur toi, ô Prophète, ainsi que la miséricorde d’Allah et Ses bénédictions |
| السَّلَامُ عَلَيْنَا وَعَلَى عِبَادِ اللَّهِ الصَّالِحِينَ | As-salâmu ‘alaynâ wa ‘alâ ‘ibâdillâhi-s-sâlihîn | Que la paix soit sur nous et sur les serviteurs vertueux d’Allah |
| أَشْهَدُ أَنْ لَا إِلَهَ إِلَّا اللَّهُ وَحْدَهُ لَا شَرِيكَ لَهُ | Ashhadu an lâ ilâha illallâhu wahdahu lâ sharîka lah | J’atteste qu’il n’y a de divinité qu’Allah, seul, sans associé |
| وَأَشْهَدُ أَنَّ مُحَمَّدًا عَبْدُهُ وَرَسُولُهُ | Wa ashhadu anna Muhammadan ‘abduhu wa rasûluh | Et j’atteste que Muhammad est Son serviteur et Son messager |
Cette version constitue le premier tachahoud. Après la phrase wa ashhadu anna Muhammadan ‘abduhu wa rasûluh, le fidèle se lève pour les rak’ât suivantes s’il s’agit du tachahoud intermédiaire.

La salat ibrahimiya qui complète le tachahoud final
Au tachahoud final, la formule du tachahoud est suivie de la salat ibrahimiya, la prière sur le Prophète Ibrahim et le Prophète Muhammad. Elle n’est généralement pas ajoutée au premier tachahoud – la majorité des juristes ne la mentionnent pas à cette assise, bien que l’école chaféite la considère recommandée à ce moment aussi.
| Arabe | Phonétique | Français |
|---|---|---|
| اللَّهُمَّ صَلِّ عَلَى مُحَمَّدٍ وَعَلَى آلِ مُحَمَّدٍ | Allâhumma salli ‘alâ Muhammadin wa ‘alâ âli Muhammad | Ô Allah, bénis Muhammad et la famille de Muhammad |
| كَمَا صَلَّيْتَ عَلَى إِبْرَاهِيمَ وَعَلَى آلِ إِبْرَاهِيمَ | Kamâ sallayta ‘alâ Ibrâhîma wa ‘alâ âli Ibrâhîm | Comme Tu as béni Ibrahim et la famille d’Ibrahim |
| إِنَّكَ حَمِيدٌ مَجِيدٌ | Innaka hamîdun majîd | Tu es certes Digne de louanges, Glorieux |
| اللَّهُمَّ بَارِكْ عَلَى مُحَمَّدٍ وَعَلَى آلِ مُحَمَّدٍ | Allâhumma bârik ‘alâ Muhammadin wa ‘alâ âli Muhammad | Ô Allah, répands Tes bénédictions sur Muhammad et la famille de Muhammad |
| كَمَا بَارَكْتَ عَلَى إِبْرَاهِيمَ وَعَلَى آلِ إِبْرَاهِيمَ | Kamâ bârakta ‘alâ Ibrâhîma wa ‘alâ âli Ibrâhîm | Comme Tu as répandu Tes bénédictions sur Ibrahim et la famille d’Ibrahim |
| إِنَّكَ حَمِيدٌ مَجِيدٌ | Innaka hamîdun majîd | Tu es certes Digne de louanges, Glorieux |
Variantes authentiques selon les écoles et les transmetteurs
Les concurrents présentent souvent une seule version du tachahoud. La réalité textuelle est différente : plusieurs formulations sont authentiquement transmises, avec des variantes mineures mais réelles selon la source hadith et l’école juridique.
- Version Ibn Mas’ûd (Bukhârî et Muslim) : la plus utilisée en pratique, notamment dans les écoles hanafite et hanbalite. Elle contient la formule wahdahu lâ sharîka lah (seul, sans associé) après la chahâda d’Allah.
- Version Ibn ‘Abbâs : présente une formulation légèrement différente au début, avec at-tahiyyâtul mubârakâtu (les salutations bénies) en lieu de at-tahiyyâtu lillâhi. Elle est privilégiée dans certains usages de l’école chaféite.
- Version ‘Umar ibn al-Khattâb : moins répandue dans la pratique quotidienne, mais citée dans les ouvrages de fiqh comme référence transmise valide.
Pour un fidèle qui suit un imam ou une mosquée, la cohérence avec la pratique de sa communauté prime sur le choix personnel entre versions.
Phonétique arabe : les sons qui posent problème aux francophones
La translittération phonétique aide à mémoriser, mais elle ne reproduit pas tous les sons arabes. Deux distinctions sont particulièrement importantes pour une récitation correcte.
La lettre h notée avec un point dessous (ḥ) correspond à un son guttural distinct du h français aspiré. Dans lâ ilâha, le h final est un son soufflé depuis le fond de la gorge, sans équivalent direct en français. Le ‘ayn (ع), présent dans ‘alayka et ‘alaynâ, est une consonne pharyngale que la phonétique latine ne peut que suggérer.
Apprendre la prononciation correcte demande une écoute active, pas seulement une lecture de la translittération. Écouter un récitant et répéter segment par segment reste la méthode la plus fiable pour corriger ces sons avant qu’une mauvaise habitude ne s’installe.
La position physique pendant la récitation est également codifiée : le fidèle est assis en julûs, la main droite posée sur le genou droit, l’index levé au moment de la chahâda (ashhadu an lâ ilâha illallâh). Cette gestuelle fait partie de la pratique transmise et accompagne la récitation dans la grande majorité des écoles.
